Le jour où j’ai interrogé mon idole d’adolescence

On a tous des rêves dans la vie, non ?
Je vais vous raconter le jour où j’ai posé une question à Roger Federer.

C’était mon premier Roland-Garros, j’étais étudiante en journalisme et accréditée pour Femmes de Sport. Les conférences de presse sont ouvertes à tous les journalistes accrédités et chacun de nous peut poser une question.

Après avoir vu quelques minutes du match de Federer contre Diego Schwartzmann, j’ai donc été à sa conférence de presse post-match. Bon, a priori, j’étais là pour du tennis au féminin, mais je ne pouvais pas rater ça.

Roger Federer est le deuxième joueur à m’avoir fait aimer le tennis, après Andre Agassi. Après son match, j’avais préparé une question. J’avais remarqué que Federer avait déjà affronté son adversaire suivant, Dmitry Tursunov, mais jamais sur terre.

Les minutes passaient, les questions aussi…et je craignais de ne pas avoir le courage d’y aller. Je trépignais, stressée, sur ma chaise au deuxième rang, dans la salle.

« Dernière question en français ! » annonce le modérateur.

C’est maintenant.

Alors, j’ai demandé le micro.
J’ai senti les regards se tourner vers moi.
J’ai senti qu’il n’y avait plus de retour en arrière.
J’ai senti que Roger Federer attendait que je parle.

Ce moment, je m’en souviendrai toujours. Il a duré quelques dixièmes de secondes. On hésite, on a peur, on voit que le joueur qu’on a un jour admiré attend une action de notre part, on se dit qu’on va se gourrer. A l’intérieur, on se sent comme une cocotte-minute. Et puis, je crois que je me suis souvenue que j’étais là parce que c’était mon boulot. Alors, ça m’a calmée.

Je pose ma question. La main un peu tremblotante, la voix aussi, je crois qu’il m’a fait répéter, mais j’ai gardé confiance en moi. Il m’a fait une réponse pertinente. J’étais étudiante en journalisme, j’étais fière de moi, à mes yeux, c’était énorme.

J’ai encore l’enregistrement.
J’ai encore la retranscription écrite.
Evidemment.

Hebergeur d'image

Juste après, je me souviens que j’étais en même temps très calme et que ca bouillonnait à l’intérieur de moi. Je suis restée plusieurs minutes sur ma chaise. Après ma question, la conférence a continué, le monde a continué, les questions sont passées au suisse allemand. Les journalistes non suisses sont même partis de la salle. Je ne comprenais rien, je n’écoutais même plus, mais je suis restée sur ma chaise. Je regardais Federer et je tentais de prendre conscience de ce qui s’était passé.

Ce qui vibrait, c’était la satisfaction d’avoir réussi, malgré ce que ça représentait pour moi. Je crois même que c’est un des moments où j’ai réalisé que j’étais en train de réaliser mon rêve, celui de devenir journaliste.

Depuis, j’ai interrogé d’autres sportifs et je fais aujourd’hui ça avec plus d’assurance, même ceux qui m’ont fait vibrer, comme Teddy Riner, Fabrice Jeannet, Lucie Décosse ou Guga Kuerten. Le fait d’avoir acquis de l’expérience m’a aidé à me positionner dans une situation d’égale à égale. Il y a toujours parfois l’enfant en moi, les souvenirs, mais je m’en sers comme force, pour rendre mes interviews pertinentes.

Depuis, j’ai aussi assisté à d’autres conférences de presse de Roger Federer. Et ce n’est plus pareil. La première fois était bien plus spéciale. Ca me fait toujours plaisir, de voir ce joueur que j’ai admiré à une certaine époque, mais les fois suivantes, je me suis sentie habituée. Je n’étais plus étudiante craintive, j’étais journaliste, j’étais là pour une raison. On apprend toute la vie de notre métier, mais aujourd’hui, je me sens moins craintive que la première fois. Il paraît qu’on appelle ça l’expérience.

Avec le recul, j’ai réussi à analyser ce qui s’est passé dans ma tête ce jour-là. Je crois que la première fois a quelque chose d’unique, car on est confronté à son souvenir d’enfant. Le fait de pouvoir échanger avec Roger Federer, même quelques mots, c’était comme si ce souvenir irréel, celui de la télévision, des interviews de Tennis Mag, prenait forme. C’était comme si la petite Assia réalisait qu’elle avait grandi.

Heureusement, mon boulot ne s’est pas transformé en routine, je n’en suis jamais blasée. Je crois que c’est parce je garde toujours en tête ce moment-là comme tous ceux où j’ai rencontré mes anciennes idoles. Me souvenir qu’ils m’ont un jour fait rêver, c’est ce qui donne du sens à mon job. Dans les difficultés, ces souvenirs me rappellent pourquoi je fais ce métier et que j’ai beaucoup de chance.

Alors, croyez en vos rêves, ça vaut le coup.
Et n’oubliez jamais pourquoi vous aimez vos passions 😉

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